NOTE SUR LA PORNOGRAPHIE

 

Mais savons-nous au juste ce qu'est la pornographie ? Il y a certes une histoire du mot, mais celle-ci ne nous donne guère d'indications. Il semble que ce soit Restif de la Bretonne qui lui donne naissance sous forme adjectivale en 1769. 1842 marque son apparition en substantif. Ce qui est remarquable, c’est qu'il apparaisse au cours du siècle des lumières qui fut aussi celui de la curiosité, de la science, de la contestation philosophique. "Pornographie" vient du grec pornê (prostituée) et graphê (écriture). Ce terme ne désigne donc pas la sexualité mais le discours qui se tient sur elle, l'image qui la représente, la symbolise, la sublime, la dégrade. La pornographie n'est autre que le regard de la sexualité sur elle-même. Elle se repère donc tout au long de l'humanité. L'acte sexuel, le jeu des corps sont représentés partout : la villa des mystères à Pompéi, les peintures du Bernin, de Boucher, de Fragonard, de Magritte, de Dali, et de milliers d'autres, au sein de l'art sacré de l'Inde, dans les dessins japonais, dans les romans de la Chine ancestrale, dans les mystères d'Eleusis, etc. Au commencement même de l'humanité, la sexualité fait naître ses images. Nous en trouvons des représentations dans la grotte de Lascaux. Il semble qu'il y ait représentation à partir du moment où il y a sexualité. Sans doute cela signifie-t-il que la sexualité humaine est indiscernable de sa propre peinture comme du discours qu'elle profère sur elle-même. Nous ne pouvons pas véritablement faire l'amour sans dire, ou se dire, que nous sommes en train de le faire. Nous touchons à l'infime distinction entre désir et besoin. Le désir, soit disant marque de l'humanité de l'humain, se démarque du besoin, animal paraît-il, par sa représentation. L'être même de la sexualité serait donc pornographie.